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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 23:02

L'oeuvre de Felix Nussabum est particulièrement évocatrice pour les élèves et ce personnage leur permet d'être confrontés à la réalité du génocide : la disparition d'êtres exceptionnels - disparition qu'ils ne perçoivent pas toujours directement à travers le témoignage de personnes ayant survécu.

 

Sa toile, Le triomphe de la mort est prémonitoire de ce qu'étaient les centres de mise à mort tandis que son autoportrait au passeport juif est truffé de symboles intéressants à décrypter pour les élèves...

 

Felix-Nussbaum-Selbstbilnis-mit-Judenpass.jpg

felix-nussbaum-triomphe-de-la-mort-1944.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Faire travailler les élèves sur ces oeuvres est intéressant mais ces deux toiles sont déjà analysées en détails sur plusieurs sites facilement accessibles aux élèves, en particulier sur le site du musée d'arts et d'histoire du judaisme.

L'enjeu d'une activité sur ce sujet ne réside donc pas tellement pour les élèves dans la recherche des informations mais dans leur compréhension, dans l'interprétation personnelle des tableaux par les élèves et dans la reformulation des informations.

La carte mentale est une solution perfomante pour forcer les élèves à classer, hiérarchiser et reformuler les recherches. L'ayant déjà fait faire aux élèves plusieurs fois, il s'agissait de changer d'activité.

Pour ces oeuvres, j'ai proposé à mes élèves de 1ère L de réaliser une interview imaginaire de Felix Nussbaum, dans laquelle ils pouvaient laisser libre cours à leur imagination et à leur perception.

Ce travail peut être fait dans le cadre de l'AP ou après le cours sur le génocide, afin de réinvestir les connaissances qui ont té abordées...

 

Voici les consignes données aux élèves :

 

Production attendue : une interview imaginaire de Felix Nussbaum, quelques mois avant sa mort, sur une de ses oeuvres, interview illustrée par une carte, l’oeuvre choisie et une frise chronologique.
Exigences :
1. Vous devez représenter sur un fonds de carte les différents lieux où a résidé l'artiste au cours de sa vie et l'itinéraire qu'il a parcouru.
2. Réalisez une frise chronologique reprenant les grands événements de la vie de Nussbaum en les associant aux mesures prises contre les Juifs.
3. Vous devez inclure une représentation de l’oeuvre de Nussbaum que vous avez choisi et ses références (date de réalisation, titre, dimensions)
4. Imaginez une interview de Nussbaum un mois avant son arrestation. Dans cette interview, vous devez évoquer :
a. la description précise de l’oeuvre
b. l'analyse de l’oeuvre : la signification des différents éléments présents sur le tableau, le message du peintre
c. l'interprétation de l’oeuvre dans son contexte : ce que l’oeuvre nous apprend :
- sur l'extermination des Juifs
- sur le(s) courant(s) artistique(s) auquel il appartient
- sur les artistes ou les oeuvres qui l'ont inspiré (en précisant comment ils l'ont inspiré)
d. les impressions suscitées par l’oeuvre

 

Conseil de présentation : pour présenter votre travail sous la forme d'un magazine, voici un logiciel : http://madmagz.com/fr

 

Un dossier est distribué aux élèves avec les informations qui leur sont nécessaires : libres à eux d'aller en chercher d'autres sur internet.

 

 

 

 

Un exemple de production d'élève :

 

Le 14 mai 1944, Felix Nussbaum, peintre juif, a accepté de nous rencontrer. Nous l'avons interviewé sur son tableau «Autoportrait au passeport juif», toile de 56x49cm qu'il a peint en 1943.

 

Voici la retranscription de l'interview.

 

 

La Presse: En essayant de porter un regard complètement nouveau sur votre tableau, pouvez-vous nous le décrire?

 

Felix Nussbaum: «Et bien, je pense qu'étant spectateur, je serais tout d'abord intrigué par le portrait de l'homme au premier plan. Il est peint de profil, comme étant à l’affût et son visage donne une impression d’inquiétude. Son regard est fixé vers moi et sa deuxième partie du visage est cachée dans l'ombre. Il porte un parka jaune, remonté à hauteur du cou, épinglé d'une étoile jaune. Il tient d'une main son passeport, marqué de rouge par «JUIF» et de l'autre, son manteau.

L'homme est entouré d'imposants murs. Derrière ceux-ci, on peut voir des fils barbelés, des arbres sans feuilles, des nuages gris noirs et quelques oiseaux noirs . On remarque aussi une maison représenté comme un bloc, et de petites feuilles blanches. Seule la présence du bleu, entre les fleurs et les nuages semblent mettre un peu de couleurs.

 

 

La Presse: Merci d'avoir joué le jeu. Maintenant, pouvez vous m'expliquez ce que signifient ces différents éléments du tableau?

 

Felix Nussbaum: J'ai voulu mettre en avant les obligations d'un juif, en dessinant le passeport et l'étoile jaune. Les couleurs sombres, les arbres sans feuille et les nuages noirs donnent à ce lieu un aspect lugubre. Ensuite, les murs et des fils barbelés renforcent l'idée que l'homme ne peut s'échapper. Les signes de vie, sans compter l'homme, sont la maison, les oiseaux et les fleurs blanches. Seulement, tous se trouvent derrière le mur et l'homme ne peut pas l'enjamber. J'ai voulu montrer à quel point la liberté était si près géographiquement mais pourtant si loin.

De plus, l'expression de l'homme signifie qu'il a peur de se faire attraper. Je peux donc maintenant vous avouez que l'homme c'est moi. Il montre sa carte d'identité, comme si on le lui avait demandé.

L'homme est donc inquiet et ce tableau montre l'omniprésence de l'enfermement et l'absence de la liberté. Étant clandestin et recherché, ce tableau exprime ma plus grande peur: celle de me faire un jour arrêté.

 

 

La Presse: Quel est le rapport avec le titre?

 

Felix Nussbaum: Je trouvais que ce titre allait parfaitement à ce tableau en raison de la reproduction du visage sur la photo du passeport. Cela signifie, que cet homme n'a d'autre identité que celle d’être juif.

 

 

La Presse: Cette œuvre, est-elle inspirée de certains artistes, ou œuvres?

 

Felix Nussbaum: Et bien, plusieurs artistes m'ont inspiré, dont 3 principalement.

Tout d'abord, Giogio De Chirico, pour l'isolement percutant de l'homme. Ensuite, Henri Rousseau, pour la représentation de cet homme dont le visage est presque inexpressif mais qui veut pourtant dire quelque chose. Et je pense que le dernier artiste qui m'a inspiré est Max Beckamm car comme lui, je rends compte des drames de cette époque et je les retranscris dans mes œuvres.

 

 

La Presse: Quand vous dites que vous retranscrivez les drames de votre époque dans cette œuvre, pouvez vous détaillez un peu plus?

 

Felix Nussbaum: Dans cette œuvre, je retranscris tout simplement mon vécu. J'ai voulu me représenter, pour une sorte de devoir de mémoire. Je veux dévoiler au grand jour les conditions d'un juif durant cette guerre. Je ne veux surtout pas oublier cette période de ma vie où j'ai dû m'exiler pour me cacher. Ce que j'ai vécu, beaucoup d'autres l'ont vécu aussi. J'ai dû quitter l'Allemagne, m’exiler en Belgique, pour vivre tranquillement avant de me faire arrêter car j'avais la malchance d'être juif (rire).

Quand, en 1942, j'ai réussi à m'échapper du camp de St Cyprien, ma vie a totalement changé. Je devais rester caché, complètement coupé du monde.

J'ai voulu représenter un juif qui tente de fuir, sans vraiment d'espoir, pour échapper à la mort. Je pense que cet autoportrait est un témoignage tragique sur la politique d'extermination des juifs d'Europe mise en place par les Nazis.

 

 

La Presse: Cet œuvre est donc une peinture engagé. Dans quel mouvement artistique pensez-vous appartenir?

 

Felix Nussbaum: Je pense appartenir au courant de la nouvelle objectivité, car je veux représenter la société telle qu'elle est et la critiquer comme bon me semble. Les nazis nous appellent les artistes dégénérés, mais je pense qu'ils ont juste peur qu'on leur fausse leur idéologie. Si cette guerre se termine, je veux que mes tableaux servent de témoignages contre les atrocités des nazis. Ce que je peins est juste la reproduction d'une situation réelle dans un environnement qui peut sembler banal.

 

 

La Presse: Avez vous une idée des réactions, des impressions que va susciter cette œuvre?

 

Felix Nussbaum: Je pense que le spectateur ne va pas comprendre tout de suite le message caché que je leur transmets. Il va être submergé par une sensation de malaise. J'ai voulu placer le spectateur dans le rôle de celui qui procède au contrôle d'identité et qui fait peur au personnage pour lui donner l'impression d'être impliqué.

 

 

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